La cancoillotte, longtemps cantonnée au rang de « fromage de terroir un peu oublié », est devenue en quelques mois une véritable star des réseaux sociaux, portée par des vidéos virales et des recettes ultra-gourmandes. Derrière cet engouement, les diététiciens rappellent toutefois que, même si ce fromage présente des atouts nutritionnels intéressants, il n’est pas exempt de limites et doit garder sa place : celle d’un aliment plaisir, à consommer avec discernement.
De fromage boudé à produit tendance
Originaire de Franche-Comté et de Lorraine, la cancoillotte est une spécialité à base de lait écrémé caillé (le metton), fondu avec de l’eau et du beurre, et parfois aromatisé à l’ail, au vin blanc ou à d’autres saveurs. Longtemps, elle a souffert d’une image de « fromage de grand-parent », peu glamour face aux grands classiques comme le camembert, le comté ou la mozzarella.
Les choses ont changé avec les réseaux sociaux : la cancoillotte apparaît désormais dans des vidéos de recettes très réconfortantes – croques dégoulinants, pommes de terre gratinées, pâtes crémeuses, bowls protéinés – et est mise en avant comme une alternative « plus légère » à la raclette ou à certains fromages à pâte dure. Résultat : la demande grimpe, certains magasins font face à des ruptures ponctuelles, et ce produit local s’installe nationalement dans les linéaires.
Un profil nutritionnel plus « léger »… mais à relativiser
L’un des arguments de ce succès tient à son profil nutritionnel : la cancoillotte est souvent présentée comme l’un des fromages les moins gras du marché, avec des versions autour de 8 à 12% de matières grasses, bien en dessous des 20 à 30% de nombreux fromages traditionnels. Pour les personnes qui veulent réduire leur apport en graisses saturées sans renoncer au fromage fondu, elle peut sembler idéale.
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Les diététiciens nuancent toutefois ce discours :
- d’abord, un produit moins gras n’est pas forcément « à volonté », surtout lorsqu’il est utilisé dans des recettes très riches (charcuterie, pommes de terre, pâtes, pains très blancs) ;
- ensuite, comme beaucoup de fromages fondus et spécialités fromagères industrielles, certaines références peuvent contenir additifs, arômes, épaississants ou quantités de sel non négligeables.
Ils invitent donc à bien lire les étiquettes : privilégier les listes d’ingrédients courtes (metton, eau, beurre, sel, éventuellement ail ou vin blanc), se méfier des produits trop transformés ou reconstitués, et garder en tête que la cancoillotte, même plus légère, reste un aliment salé.
L’alerte des diététiciens : attention à l’illusion « healthy »
L’inquiétude principale des professionnels ne vient pas de la cancoillotte en elle-même, mais du discours qui l’entoure. Sur les réseaux, elle est parfois présentée comme une solution miracle : « fromage fondu sans culpabilité », « gratin light », « raclette qui ne fait pas grossir »… Or, ce type de promesse peut conduire à des comportements de surconsommation.
Comme pour d’autres fromages mis en avant (feta, bleus, cheddar, etc.), les experts rappellent plusieurs points :
- ce n’est pas parce qu’un fromage est un peu moins gras qu’il peut remplacer systématiquement les légumes ou un plat équilibré ;
- multiplier les portions, saucer généreusement pain et charcuterie, penser que l’on peut en manger tous les jours parce que « c’est léger », finit par annuler le bénéfice de départ ;
- certaines spécialités dites « allégées » ou « reconstituées » peuvent être moins intéressantes sur le plan micro-nutritionnel que des fromages frais classiques, avec des listes d’additifs plus longues.
Ils incitent donc à remettre la cancoillotte à sa juste place : un fromage fondu intéressant pour diversifier, plutôt malin dans certains contextes (alléger une raclette, remplacer des crèmes très grasses), mais qui ne transforme pas un plat ultra riche en repas « diet ».
Comment bien l’intégrer dans une alimentation équilibrée ?
Les spécialistes proposent une approche pragmatique :
- utiliser la cancoillotte comme option plus légère par rapport à des fromages très gras et salés (certains bleus, fromages à raclette classiques, cheddar industriel), notamment quand on aime beaucoup les plats au fromage fondu ;
- l’intégrer dans des recettes qui comportent aussi une bonne part de légumes : légumes rôtis, poêlées de légumes, gratins avec une majorité de légumes plutôt que seulement des féculents ;
- garder des portions raisonnables, en la considérant comme un élément d’un repas complet (avec protéines, fibres, féculents de qualité), pas comme un « libre-service » à tartiner sans limite.
Enfin, ils rappellent que, sur le plan nutritionnel, les fromages frais simples (type faisselle, fromages blancs égouttés, chèvre frais) restent souvent les plus intéressants au quotidien, et que l’idéal reste de varier les types de fromages plutôt que de miser tout sur une seule star du moment.
En clair : profiter de la cancoillotte, oui ; en faire la nouvelle « potion magique » minceur des réseaux, non.

