Dans le vaste répertoire de la cuisine maghrébine, peu de plats occupent une place aussi sacrée et réconfortante que la chorba frik algérienne.
Cette soupe dense, fumante et généreuse, à base de frik : ce blé vert jeune, torréfié et concassé, mijote longuement avec des morceaux d’agneau fondants, un bouillon tomate riche, des pois chiches crémeux et une pluie finale d’herbes fraîches. Dès les premières minutes de cuisson, son parfum envahit la cuisine : notes fumées de frik, acidité douce des tomates, chaleur des épices et fraîcheur de la coriandre et de la menthe. C’est le genre d’odeur qui fait dire : saha avant même de goûter.
Incontournable pendant le Ramadan pour rompre le jeûne avec sa puissance nutritive, elle se savoure aussi tout l’hiver, accompagnée de pain khobz encore chaud, de bricks croustillantes ou simplement d’un quartier de citron pressé. Elle n’est pas qu’une soupe : elle est un rituel, un lien entre générations, un bol de réconfort qui porte en elle des siècles d’histoire familiale et de traditions partagées.
Ses racines plongent dans les pratiques berbères d’Afrique du Nord, où le frik récolté immature, fumé et séché sert à conserver les céréales dans les climats difficiles. Le mot « chorba » lui-même, venu du persan et de l’arabe, signifie bouillon salé, et la recette s’est enrichie au fil des influences ottomanes et levantines. En Algérie, elle est devenue un emblème national, surtout pendant le mois sacré : une préparation conçue pour redonner énergie et force après des heures de jeûne, grâce à ses protéines, ses fibres et sa densité réconfortante. Les versions diffèrent légèrement selon les régions : Alger, Oran, Constantine, mais le cœur fumé du frik et l’équilibre des saveurs restent immuables.
Recette : chorba frik algérienne maison
Ingrédients
- 400 à 500 g de viande d’agneau (épaule, jarret ou gigot avec os pour un bouillon plus profond)
- 120 à 150 g de frik de qualité (bien rincé)
- 200 g de pois chiches (trempés la veille ou en conserve rincés)
- 1 gros oignon finement haché
- 3 à 4 tomates mûres mixées (ou 400 g de pulpe en boîte)
- 2 c. à soupe bombées de concentré de tomate
- 1 branche de céleri hachée (tiges + feuilles)
- 1 gros bouquet de coriandre fraîche + 8-10 feuilles de menthe (ou 1 c. à café séchée)
- 4-5 c. à soupe d’huile d’olive (ou un peu de smen pour l’authenticité)
- Épices : 1 c. à café de paprika doux, ½ c. à café de poivre noir, sel généreux, ½ c. à café de cannelle moulue (facultatif), pincée de ras el hanout
- 1,8 à 2 L d’eau chaude
- Facultatif : 1 piment vert entier, 1 gousse d’ail, quartiers de citron pour servir
Étapes
La préparation suit un ordre précis qui fait toute la différence :
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- Rincez le frik plusieurs fois jusqu’à l’eau claire. Égouttez les pois chiches.
- Dans une grande cocotte, faites suer l’oignon dans l’huile 4-5 min avec une pincée de sel.
- Ajoutez l’agneau et faites-le dorer 5-7 min sur toutes les faces.
- Incorporez concentré de tomate, tomates mixées, céleri, moitié de la coriandre et toutes les épices. Laissez « confire » 4-5 min.
- Mouillez avec l’eau chaude, ajoutez pois chiches (et piment si utilisé). Portez à ébullition, puis mijoter couvert 45-50 min à feu doux jusqu’à tendreté de la viande.
- Goûtez, rectifiez l’assaisonnement, ajoutez le frik. Laissez cuire 15-20 min supplémentaires.
- Parsemez du reste de coriandre et de menthe, éteignez, couvrez et laissez reposer 5-10 min.
- Servez fumant, avec un quartier de citron à presser dessus et du pain khobz.
Astuces essentielles : ne jamais mettre le frik trop tôt (il deviendrait pâteux), goûter en fin de cuisson pour ajuster sel et épices, et savoir que le lendemain elle est souvent encore meilleure. Ajoutez juste un filet d’eau si elle est trop épaisse.
Les variations prouvent sa vitalité : version végétarienne avec carottes et courgettes, coup de harissa ou gingembre pour les palais audacieux, ou allégée sans viande pour les jours plus chauds. Servie avec un thé à la menthe, elle clôt un repas sur une note parfaite.
La chorba frik n’est pas une simple recette : c’est un patrimoine vivant, un souvenir d’enfance dans chaque cuillère, un geste d’hospitalité qui unit.
Préparez-la un soir, laissez-la mijoter doucement, et vous comprendrez pourquoi elle continue de régner sur les tables algériennes.







