C’est en ce moment la pleine saison des fraises, et cette année, les amateurs ont de quoi se réjouir. Non seulement les étals débordent, mais les prix sont nettement plus bas que d’habitude : si vous voulez en profiter, c’est maintenant qu’il faut en acheter.
Un fruit plébiscité mais souvent cher
Au classement des fruits préférés des Français, la fraise se situe en neuvième position. On en consomme environ 110.000 tonnes par an, soit près de 3 kilos par foyer, ce qui en fait un incontournable des desserts de printemps. Mais c’est aussi un fruit considéré comme un produit “plaisir”, car son prix reste généralement élevé.
Le tarif dépend fortement de la variété : gariguette, ciflorette, mara des bois ou fraise ronde, la moins chère étant en général cette dernière. Pour la gariguette, dont c’est actuellement la pleine saison, les prix peuvent facilement grimper à 20 euros le kilo, voire davantage. Or, en ce moment, on trouve des gariguettes autour de 10 euros le kilo, parfois moins en promotion. Si vous voulez manger des fraises cette année, c’est clairement le bon moment pour faire le plein.
Une production particulièrement abondante
Selon l’AOPn Fraises Framboises de France, plusieurs enseignes de la grande distribution ont lancé des opérations promotionnelles très agressives. On voit ainsi des fraises rondes à 2,89 euros les 500 g et des barquettes de gariguettes à 2,49 euros dans certaines enseignes, notamment chez Intermarché sur des périodes ciblées. Ces prix très attractifs s’expliquent par un pic de production national qualifié d’« historique » par la filière.
Après un début de saison retardé par les inondations de février, la météo s’est montrée particulièrement clémente fin mars et début avril. Les températures douces ont accéléré la maturation des fruits, entraînant d’un coup des volumes très importants. Juste après Pâques, les producteurs ont déjà annoncé environ 1.400 tonnes de gariguettes récoltées en une semaine, un record de volume pour cette variété.
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Cette fois, c’est l’ensemble du territoire qui est concerné : bassins de production du Sud-Ouest, du Sud-Est, de la Bretagne, de la Sologne et de Rhône-Alpes atteignent en même temps leur pic de production. La fraise, étant un fruit fragile qui se conserve mal, doit être écoulée rapidement. Pour éviter les pertes, les distributeurs n’ont d’autre choix que de baisser les prix et de multiplier les promotions.
Des prix au plus bas, même par rapport à l’an dernier
Les professionnels confirment que les prix sont plus bas cette année que l’an dernier à la même période. Côté producteurs, le prix de vente de la gariguette se situe autour de 7 à 7,5 euros le kilo, mais elle est souvent revendue autour de 15 à 16 euros en magasin, car c’est un produit sur lequel les distributeurs appliquent habituellement des marges importantes.
Ces deux dernières semaines, des relevés de prix montrent toutefois des niveaux plus bas, autour de 12 euros le kilo pour les fraises rondes origine France dans certaines grandes enseignes, ce qui se rapproche des tarifs des fraises étrangères. C’est suffisamment rare pour être souligné. L’Espagne, traditionnellement très compétitive sur ce fruit grâce à des coûts de production beaucoup plus faibles, a elle aussi subi des inondations qui ont perturbé sa production. D’ordinaire, la fraise espagnole est nettement moins chère, notamment parce que le coût de la main-d’œuvre y est beaucoup plus bas.
Les producteurs français expliquent que les coûts de production en Espagne peuvent être 5 à 6 fois inférieurs à ceux de la France, la main-d’œuvre représentant à elle seule environ 50% du prix de la fraise. La fraise est en effet une culture très gourmande en travail humain : il faut entre 6 et 8 personnes par hectare, et les essais de mécanisation de la récolte ne sont pas encore concluants.
Une concurrence étrangère, mais pas le même produit
Malgré cette concurrence, les producteurs français ne parlent pas de guerre frontale. Ils estiment que la fraise espagnole n’est pas le même produit que la fraise française, notamment en termes de qualité. Les fruits importés ne sont généralement pas cueillis à maturité pour supporter le transport, ce qui joue sur la saveur et la texture. À l’inverse, la fraise française, plus locale, peut être récoltée plus mûre et arriver plus rapidement en rayon.
Les producteurs soulignent aussi une réalité économique : tous les Français ne peuvent pas s’offrir de la fraise française, plus chère à produire. Il faut donc une offre diversifiée pour que chacun puisse consommer des fraises selon son budget. Aujourd’hui, environ la moitié des fraises consommées en France sont importées, soit près de 55.000 tonnes sur les 110.000 tonnes consommées chaque année.
Pourquoi c’est maintenant qu’il faut en profiter
Le phénomène actuel est avant tout conjoncturel : un pic de production massif, lié à des conditions météo très favorables, met le marché sous pression. L’offre dépasse temporairement la demande, ce qui tire les prix vers le bas. Ce mécanisme conjoncturel s’ajoute à une réalité plus structurelle : les meilleurs prix pour les fruits et légumes sont généralement observés au cœur de la saison, au moment du pic de production.
En clair, les prix bas que l’on observe ces jours-ci ne dureront pas toute la saison. Une fois le pic passé, les volumes retrouveront un niveau plus normal et les tarifs remonteront progressivement. Pour les consommateurs, c’est donc la période idéale pour se faire plaisir sans exploser son budget.
Comment bien choisir ses fraises en magasin
En rayon, il est conseillé de surveiller les têtes de gondole : en ce moment, elles sont souvent remplies de fraises françaises en promotion. Mais prix bas ne doit pas rimer avec négligence sur la fraîcheur. La rotation des barquettes devrait se faire tous les trois à quatre jours, mais des retards peuvent se produire.
Quelques réflexes simples permettent de bien choisir :
- Vérifier le calice (les petites feuilles vertes au sommet de la fraise) : il doit être bien vert et bien accroché.
- Observer l’aspect général du fruit : une couleur homogène, sans zones blanchâtres, ni fruits écrasés ou moisis dans la barquette.
- Repérer le code d’expédition sur la barquette : une lettre, qui change chaque mois (actuellement la lettre D pour avril), suivie de deux chiffres pour le jour. Si la date d’expédition remonte à plus de quatre jours, mieux vaut passer son chemin.
Labels et signes de qualité
Enfin, certains labels peuvent aider à s’y retrouver. Le label rouge, par exemple, certifie des critères esthétiques, gustatifs et de fraîcheur plus stricts que la moyenne. Les fraises qui en bénéficient sont censées être plus savoureuses et mieux sélectionnées.
Attention toutefois à ne pas confondre label rouge et bio. Le label rouge concerne la qualité du produit fini (goût, aspect, fraîcheur) mais pas un mode de production spécifique : il s’agit d’une agriculture conventionnelle, avec des fraises simplement triées et sélectionnées. Le bio, lui, repose sur un cahier des charges environnemental (utilisation limitée de pesticides, pratiques culturales spécifiques), mais ne garantit pas forcément un niveau de tri esthétique ou gustatif équivalent.
En résumé, si vous aimez les fraises, c’est la semaine ou, plus largement, les prochaines semaines de ce mois d’avril 2026 qu’il faut en profiter : les volumes sont historiques, les prix au plus bas, et la qualité au rendez-vous pour peu que l’on choisisse bien sa barquette.






