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mardi 10 février 2026

Rappel laits infantiles : 24 familles portent plainte contre État et Nestlé

publié le

Vingt-quatre familles membres du collectif Intox’Alim saisissent ce mardi 10 février 2026 le tribunal judiciaire de Paris contre l’État français et le groupe Nestlé. Elles accusent les deux parties de mise en danger délibérée, maintien de denrées dangereuses, blessures involontaires et entrave à la manifestation de la vérité dans le scandale des laits infantiles Guigoz contaminés à la toxine céréulide.

Origine de la crise sanitaire

La crise éclate fin novembre 2025 avec le premier rappel de plusieurs lots de laits en poudre Guigoz 1er âge et Guigoz Confort Relais, produits par Nestlé. La toxine céréulide, émise par la bactérie Bacillus cereus, est détectée dans les fabrications de la plateforme de Notre-Dame-du-Bon-Repos (Mayenne). Cette neurotoxine thermostable provoque vomissements incoercibles, diarrhées sévères et déshydratation rapide chez les nourrissons, particulièrement vulnérables.

Les rappels s’enchaînent en décembre 2025, touchant des dizaines de lots distribués dans toute la France via pharmacies et grande distribution. Parallèlement, les services hospitaliers pédiatriques signalent une hausse anormale d’hospitalisations néonatales pour troubles digestifs aigus. Deux décès de nourrissons sont rapportés à Angers et Bordeaux, déclenchant deux enquêtes pénales distinctes.

Témoignages familiaux accablants

Le collectif Intox’Alim regroupe des parents dont les enfants ont consommé ces laits entre octobre 2025 et janvier 2026. Apolline, mère d’Auguste (5 mois et demi), relate une odyssée médicale : vomissements quotidiens et diarrhées abondantes dès début décembre, aggravés après consommation de lots rappelés (identifiés par DLC et numéros de lot). Hospitalisation évitée de justesse grâce à réhydratation précoce.

Stéphane, père d’une fillette de 4 mois, décrit trois jours d’hospitalisation fin décembre pour déshydratation sévère, fièvre à 40°C et apathie complète. Lucie rapporte une infection systémique chez son nourrisson, avec fièvre persistante, vomissements bilieux et diarrhée à 10 selles/jour, nécessitant antibiotiques IV et surveillance réanimation pédiatrique.

Ces familles, alertes, ont immédiatement signalé les symptômes via Signal Conso et les Agences régionales de santé (ARS), conservant précieusement les boîtes intactes pour analyses. Leur démarche se heurte à un mur administratif.

Blocage systématique des analyses indépendantes

La réponse des autorités se résume systématiquement à un renvoi vers Nestlé. La DDPP des Hauts-de-Seine contacte Apolline le 18 janvier : une responsable admet openly avoir mandaté la directrice scientifique Nestlé pour définir le protocole d’analyse. Nestlé « gentiment accepté » de réaliser les tests dans ses laboratoires, la multinationale envoyant sous 48h un bordereau Colissimo prépayé pour récupération des échantillons.

Maître Nathalie Goutaland, avocate des 24 familles, dénonce un conflit d’intérêts flagrant : l’industriel enquête sur ses propres produits dans une procédure qui le désigne comme responsable présumé. Ni le droit européen (Règlement CE 178/2002) ni la réglementation française n’autorisent une telle délégation pour les analyses probatoires.

L’instruction technique du ministère de l’Agriculture du 3 février 2026, transmise aux DDPP, réaffirme pourtant leur compétence exclusive : prélèvements officiels, acheminement vers laboratoires de référence, traçabilité chain of custody. Les familles estiment cette circulaire bafouée.

Limites criantes des capacités publiques

L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire) constitue l’unique laboratoire public français accrédité pour dosage céréulide (méthode LC-MS/MS). Ses capacités analytiques s’élèvent à 15 échantillons/semaine maximum, saturées par les urgences criminelles et les contrôles réglementaires. Aucune structure nationale de référence n’existe, malgré recommandations scientifiques récurrentes depuis 2018.

Le ministère de l’Agriculture assume cette carence : « Les analyses sont effectuées par les exploitants dans des laboratoires dont les performances sont adaptées », reconnaissant implicitement l’absence de moyens étatiques. Les expertises Anses restent « reportées ultérieurement », risquant la dissipation des preuves par renvoi familial vers Nestlé.

Chefs d’accusation et procédure judiciaire

La plainte déposée au pôle santé publique parisien vise simultanément :

  1. L’État français : manquement à obligation de contrôle sanitaire (Code de la santé publique L.5311-1), inaction face signalements massifs, délégation illégale d’investigations à partie privée
  2. Nestlé Nutrition : mise en marché de denrées non conformes (Règlement CE 2073/2005), défaut traçabilité lots, obstruction preuves par récupération échantillons
  3. Infractions cumulées : mise en danger délibérée (article 223-1 CP), blessures involontaires (article 222-19-1 CP), entrave manifestation vérité (article 434-7-1 CP)

La juge d’instruction pourra ordonner saisies conservatoires, expertises indépendantes et audition témoins (parents, soignants, inspecteurs DDPP).

Chronologie critique des événements

  • Octobre 2025 : premiers lots Guigoz contaminés sortent d’usine
  • 25 novembre 2025 : premier rappel officiel DGCCRF
  • Décembre 2025 : hospitalisations massives + 2 décès (Angers, Bordeaux)
  • 18-21 janvier 2026 : DDPP mandate Nestlé pour analyses familiales
  • 3 février 2026 : instruction ministérielle réaffirmant compétence DDPP
  • 10 février 2026 : dépôt plainte 24 familles

Enjeux sanitaires et probatoires majeurs

La céréulide, indétectable par culture bactérienne classique, exige protocoles analytiques spécialisés (extraction QuEChERS + spectrométrie). Sa dose toxique minimale chez le nourrisson s’établit à 5 µg/kg poids corporel, provoquant vomissements en 1-6h. L’absence d’antidote impose réhydratation IV urgente.

Les familles redoutent la destruction irréversible des échantillons par Nestlé, privant toute reconstitution causale future. Les deux enquêtes pénales en cours (décès) ne couvrent pas les 24 plaintes pour hospitalisations/affections graves. L’action collective vise labellisation expertise unique, évitant dispersion judiciaire.

Perspectives et impact systémique

Cette procédure expose les failles structurelles du système d’alerte sanitaire français : sous-capacité analytique publique, délégation systématique aux industriels, absence protocole standardisé signalements consommateurs. Elle questionne la résilience de la filière laits infantiles face crises émergentes (toxines thermostables, biofilms industriels).

Nestlé, contacté, réaffirme sa « pleine collaboration » avec autorités et engagement qualité. L’État évoque « procédures adaptées à l’urgence ». Les 24 familles exigent vérité et justice pour 24 nourrissons potentiellement victimes d’un scandale sanitaire majeur.

Mona K.
Mona K.https://minuteduchef.com
Passionnée de cuisine et de nutrition. J’aime partager mes recettes gourmandes, mes astuces pour cuisiner sainement et mes conseils pour préparer des repas équilibrés, rapides et savoureux. Mon objectif est de vous aider à profiter pleinement de chaque moment passé en cuisine.

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