Limoges a vibré hier, lundi 23 février, au cœur de la Manufacture Bernardaud : la France reprend la couronne mondiale du chou farci ! Olivier Caillon, 36 ans, charcutier chez Arnaud Nicolas (Paris 18e), Meilleur Ouvrier de France, a été sacré champion face à six autres finalistes venus du Japon, des Amériques, de Chine, de Corée du Sud, d’Asie du Sud-Est et d’Europe.
Succédant à la Singapourienne Bernadette de Rozario (vainqueure 2024), il a conquis le jury présidé par Philippe Etchebest avec son chou farci : Marie-Louise, un hommage émouvant à sa grand-mère. “C’est pour elle, pour la charcuterie française et pour tous les savoir-faire traditionnels”, a lancé le lauréat, ému, sous une affluence record aux Halles de Limoges pour la remise des prix.
Ce deuxième championnat, organisé par l’Association du Chou Farci (fondée par Les Artcutiers et Bernardaud), transforme un plat paysan en épreuve d’élite. Sept candidats ont présenté leur interprétation sur porcelaine fine, jugée sur authenticité, équilibre gustatif, texture et présentation. Etchebest, inflexible, a martelé dans les médias : le chou doit fondre sans s’effilocher, la farce rester juteuse sans noyer le légume, et surtout éviter l’excès de gras ou d’épices qui masque le produit. Une grille d’évaluation qui élève ce repas du pauvre au rang d’art charcutier mondial.
Un plat populaire devenu étendard gastronomique
Historiquement, le chou farci puise dans les cuisines d’Europe centrale et de l’Est : un légume d’hiver robuste enveloppant une farce économique (viande hachée, pain rassis, oignons). Arrivé en France au Moyen Âge via l’Alsace et la Lorraine, il s’installe durablement en Auvergne-Limousin, région hôte idéale. Les archives des Artcutiers rappellent son rôle de plat réconfortant pour les familles modestes. La première édition 2024 l’a propulsé sur la scène globale : 2026 confirme : ce n’est plus un basique, mais un vecteur de créativité patrimoniale. Les versions asiatiques (miso japonais, kimchi coréen) ont apporté de la fraîcheur umami, mais la finesse française l’a emporté.
Les clés techniques du plat gagnant
Les ingrédients gagnants ? Le chou vert frisé ou pointu, blanchi juste ce qu’il faut pour rester souple. La farce de Caillon : girolles, trompettes de la mort, ris de veau, foie de volaille, foie gras, ventrèche basque, carotte, céleri, le tout parfumé aux baies de genièvre et herbes fraîches. Ce mélange luxueux équilibre l’amertume du chou par une richesse profonde, mijoté lentement pour libérer des saveurs complexes sans alourdir.
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Plusieurs éléments ont fait la différence :
- Le choix du chou : un spécimen dense, aux feuilles souples mais résistantes.
- La farce : un mélange équilibré de viande hachée, d’herbes fraîches et d’assaisonnement précis, sans surcharge d’épices.
- La cuisson : lente, à couvert, pour éviter le dessèchement.
- Le jus : réduit et légèrement nappant, apportant profondeur et relief.
Loin des versions trop compactes ou excessivement grasses parfois rencontrées, la recette française a joué la carte de la finesse. Le chou gardait sa tenue, la farce restait juteuse, et l’ensemble révélait une harmonie rare.
Le jury a salué cette harmonie rare : texture moelleuse, jus réduit nappant, présentation élégante. Nutritionnellement, c’est un plat sain et nourrissant, fibres du chou, protéines variées, cuisson douce préservant les nutriments.
Recette inspirée du vainqueur (pour 6 personnes) :
Ingrédients :
- 1 gros chou vert frisé (1,5-2 kg)
- 500-600 g viande hachée
- 150 g foie gras + ris de veau/foies
- Champignons sauvages (girolles, trompettes)
- 100 g pain rassis trempé lait
- Oignon, ail, carotte, céleri
- Baies de genièvre, herbes (persil, thym)
- Bouillon volaille, sel/poivre
Préparation :
- Blanchir les feuilles 4-5 min d’eau salée bouillante, rafraîchir.
- Sauter oignons/ail/champignons/légumes, mélanger avec viande, abats, pain essoré, genièvre, herbes. Assaisonner fort.
- Farcir les feuilles, rouler en paupiettes serrées, disposer en cocotte.
- Arroser le bouillon, couvrir les feuilles restantes, cuire au four 150-160°C 2h30-3h, arroser mi-cuisson.
- Réduire jus pour napper, servir chaud.
Cette victoire n’est pas anodine, elle booste la cuisine française : les recherches sur recette chou farci traditionnel explosent, avec des variantes comme celle de l’Aubrac (chou farci au sanglier) ou du Sud-Ouest (avec carottes). Elle encourage les amateurs à tester chez eux, en suivant des bases simples : blanchir le chou, farcir, mijoter.
En ces temps où la gastronomie durable prime, le chou farci incarne l’anti-gaspi : utiliser des restes de viande, des légumes de saison. Dubois conclut : « C’est plus qu’une recette : c’est notre patrimoine qui voyage. » Une leçon pour tous : la grande cuisine naît souvent des ingrédients les plus modestes.
La France ne célèbre pas seulement une victoire. Elle démontre que l’innovation peut naître de la tradition et que la cuisine du terroir, lorsqu’elle est portée par l’exigence et la passion, peut conquérir le monde.
La France rappelle aussi que le vrai luxe, c’est le temps et le respect du produit.
Prochain round en 2028 ? En attendant, sortez vos choux et cuisinez comme un champion !







