Le café du matin ne se contente peut-être pas de nous réveiller. Une étude menée en Finlande révèle que les personnes qui en buvaient le plus présentaient, à 46 ans, moins de graisse corporelle et davantage de masse musculaire que celles qui en consommaient peu ou pas. Le plus étonnant ? Leur indice de masse corporelle restait pourtant assez comparable.

Avant de remplir une nouvelle fois la cafetière, une précision s’impose : les chercheurs n’ont pas démontré que le café faisait perdre de la graisse ou gagner du muscle. Ils ont mis en évidence une association. La nuance est essentielle, mais les résultats restent intéressants, notamment parce que l’IMC ne permettait pas de voir les différences observées dans la composition du corps.

Une étude menée auprès de plus de 2 200 adultes

Les chercheurs de l’université d’Oulu ont analysé les données de 2 264 participants appartenant à une grande cohorte de naissance du nord de la Finlande. Tous avaient 46 ans au moment des mesures utilisées pour cette étude.

La consommation quotidienne de café a été déclarée par questionnaire. Les participants ont ensuite été classés en quatre catégories : aucun café, une à deux tasses par jour, trois à quatre tasses, ou au moins cinq tasses quotidiennes.

La très grande majorité des consommateurs buvaient du café filtré. La taille exacte des tasses n’était toutefois pas précisée et les chercheurs ne disposaient pas d’informations détaillées sur le type de grain, la torréfaction, le mode de préparation ou l’ajout de sucre et de lait.

Leur poids semblait similaire, mais pas la composition de leur corps

Sur la balance, les différences n’auraient probablement pas attiré l’attention. L’IMC, le tour de taille et le rapport entre le tour de taille et celui des hanches étaient globalement comparables entre les groupes.

Les mesures de composition corporelle ont pourtant fait apparaître une autre image. Les groupes consommant davantage de café présentaient un pourcentage de graisse corporelle plus faible, moins de masse grasse totale, une surface de graisse viscérale inférieure et davantage de masse musculaire squelettique.

La graisse viscérale est celle qui se loge autour des organes abdominaux. Elle est particulièrement surveillée parce qu’un excès est associé à une moins bonne santé métabolique. L’étude suggère ainsi que deux personnes ayant un IMC similaire pourraient avoir une répartition très différente entre graisse et muscle.

Ces mesures ont été réalisées par impédancemétrie bioélectrique. Cette méthode est pratique pour examiner un grand nombre de personnes, mais elle fournit une estimation indirecte, influencée notamment par l’hydratation et la conductivité des tissus. Les auteurs invitent eux-mêmes à interpréter ces résultats avec prudence.

Un profil métabolique plus favorable, surtout chez les hommes

Les chercheurs ont également étudié plusieurs marqueurs présents dans le sang. Chez les hommes, une consommation plus élevée de café était liée à une insulinémie à jeun plus basse et à des indices suggérant une meilleure sensibilité à l’insuline.

Chez les femmes, les associations étaient moins marquées. Les chercheurs ont néanmoins observé de modestes liens avec un rapport taille-hanches plus faible, une insulinémie à jeun inférieure et une meilleure sensibilité à l’insuline. Sur ce terrain, le café n’est évidemment qu’un élément parmi d’autres : la composition des repas et certaines habitudes qui limitent les pics de glycémie comptent également.

Dans les deux sexes, boire davantage de café était associé à des concentrations plus faibles de certains acides aminés à chaîne ramifiée, notamment la leucine, l’isoleucine et la valine. Des niveaux sanguins élevés de ces composés ont déjà été associés, dans d’autres travaux, à la résistance à l’insuline et au risque de diabète de type 2. Cela ne signifie pas qu’ils sont nocifs dans l’alimentation ni qu’il faudrait les éviter : l’étude porte sur leurs concentrations circulantes et non sur la consommation d’aliments qui en contiennent.

Le café était aussi associé à certaines hormones

Chez les hommes, chaque tasse quotidienne supplémentaire était associée, après prise en compte de plusieurs facteurs, à une augmentation moyenne de 0,29 nmol/l de la testostérone totale. La SHBG, une protéine qui transporte les hormones sexuelles dans le sang, augmentait également.

Mais le tableau hormonal est plus complexe qu’une simple hausse de testostérone. La testostérone libre et l’indice des androgènes libres diminuaient parallèlement. Chez les femmes, les chercheurs n’ont pas observé d’association significative avec la testostérone totale, mais ont retrouvé une hausse de la SHBG et une baisse de certains marqueurs de testostérone libre.

Ces résultats ne permettent donc pas de présenter le café comme un moyen d’augmenter sa testostérone. Ils montrent plutôt un profil hormonal différent chez les consommateurs habituels, dont la portée clinique reste à déterminer.

Comment le café pourrait-il intervenir ?

Le café contient plus d’un millier de composés bioactifs. La caféine est le plus connu, mais on y trouve également des acides chlorogéniques, de la trigonelline et différents diterpènes.

La caféine peut temporairement augmenter la dépense énergétique et favoriser la mobilisation des graisses. Certaines études expérimentales ont aussi constaté une augmentation de l’oxydation des lipides pendant l’exercice. D’autres composés du café pourraient intervenir dans l’inflammation, la régulation du glucose ou le métabolisme.

Ce sont toutefois des mécanismes possibles, pas la preuve que les différences observées chez les participants finlandais ont été causées par leur café. Les habitudes alimentaires, l’activité physique, le sommeil, le tabagisme ou d’autres caractéristiques du mode de vie peuvent aussi jouer un rôle.

Non, le café ne remplace ni l’exercice ni une alimentation équilibrée

L’étude est transversale : la consommation de café et les marqueurs de santé ont été examinés à une même période. Elle ne permet pas de savoir si le café a modifié la composition corporelle, si les personnes plus minces en buvaient davantage, ou si un autre facteur explique une partie de la relation. Il serait donc trompeur d’isoler cette boisson des autres facteurs, notamment de l’activité physique et d’une alimentation apportant suffisamment de fibres alimentaires.

Les participants qui buvaient le plus de café étaient par exemple plus souvent fumeurs et présentaient des différences de niveau d’études. Les auteurs ont corrigé plusieurs analyses pour tenir compte du tabac, de l’activité physique, de l’alcool, de l’IMC et du niveau d’études, mais aucun ajustement statistique ne peut supprimer tous les facteurs de confusion.

Autre limite importante : 1 076 participants consommaient au moins cinq tasses par jour, contre seulement 70 personnes qui ne buvaient ni café ni thé. La comparaison avec les non-consommateurs repose donc sur un groupe beaucoup plus petit.

Pour savoir si le café provoque réellement une baisse de la masse grasse ou une amélioration durable du métabolisme, il faudra des études de suivi et des essais contrôlés.

Combien de café peut-on boire sans excès ?

L’Autorité européenne de sécurité des aliments considère qu’un apport allant jusqu’à 400 mg de caféine répartis dans la journée ne soulève généralement pas de problème de sécurité chez l’adulte en bonne santé, à l’exception des femmes enceintes. Cela ne correspond pas à un nombre universel de tasses : la quantité de caféine varie fortement selon le volume, la variété, la torréfaction et la préparation.

Une dose d’environ 100 mg peut déjà perturber le sommeil de certaines personnes lorsqu’elle est consommée près du coucher. Palpitations, nervosité, reflux, anxiété ou sommeil dégradé sont autant de signaux invitant à réduire sa consommation. Les femmes enceintes, les personnes souffrant de certaines pathologies ou prenant des médicaments doivent suivre les recommandations de leur professionnel de santé.

Autre idée reçue fréquente : consommé en quantité raisonnable, le café n’est pas considéré comme déshydratant. Cela ne dispense toutefois pas de boire de l’eau régulièrement au cours de la journée.

Enfin, transformer son café en boisson très sucrée ou riche en crème change évidemment son apport calorique. Mais contrairement à ce qu’affirment certains résumés de cette étude, celle-ci n’a pas vérifié si les participants buvaient leur café noir, sucré ou avec du lait. Elle ne permet donc pas de conclure que les résultats concernent exclusivement le café noir.

Ce qu’il faut retenir

Cette étude ne fait pas du café une boisson minceur. Elle montre néanmoins que, dans une cohorte finlandaise d’adultes de 46 ans, les plus grands consommateurs avaient moins de graisse totale et viscérale, davantage de masse musculaire et certains marqueurs métaboliques plus favorables, malgré un IMC comparable.

La découverte la plus utile est peut-être ailleurs : le chiffre affiché sur la balance ne raconte pas toute l’histoire. La proportion de graisse, sa localisation et la masse musculaire donnent une vision plus précise de la santé métabolique que l’IMC pris isolément.

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